Personne ne s’attendait à voir le diabète et la démence détrôner le sida et la tuberculose dans le classement des tueurs mondiaux. Et pourtant, le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) bouscule la hiérarchie : la majorité écrasante des décès dans le monde provient désormais de maladies non transmissibles. Un glissement silencieux, mais spectaculaire, qui dessine la carte des menaces sanitaires d’aujourd’hui.
Selon les dernières estimations de la santé mondiale publiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le poids des maladies non transmissibles a presque doublé en 20 ans. Parmi les dix principales causes de décès dans le monde en 2019, sept sont des maladies non transmissibles. Il n’y en avait que quatre en 2000. Les maladies cardiovasculaires demeurent la principale cause de décès. Pour la première fois, le diabète et la démence figurent parmi les dix principales causes de décès. Des disparités sont observées en fonction des pays et des régions du monde. La maladie d’Alzheimer et d’autres démences, par exemple, se classent au 3e rang parmi les décès en Amérique et en Europe et au 7e rang mondial. Ce constat souligne plus que jamais l’importance de la prévention.
La base de données de l’OMS sur la santé mondiale met à disposition des chiffres précis, comparables, sur la mortalité et la morbidité, déclinés par âge, sexe et pays. La dernière édition, publiée fin 2020, couvre la période de 2000 à 2019. Ce référentiel permet d’identifier les priorités sanitaires à l’échelle mondiale et oriente les politiques publiques, en s’appuyant sur des données fiables plutôt que sur des impressions vagues.
Les maladies non transmissibles : désormais responsables de trois décès sur quatre
En 2019, plus d’une personne sur deux décédée dans le monde l’a été à cause d’une des dix causes principales recensées par l’OMS. Et, parmi elles, sept ressortent du groupe des maladies non transmissibles. En deux décennies, leur impact s’est renforcé jusqu’à représenter 74 % de l’ensemble des décès à l’échelle mondiale. Un chiffre qui n’a rien d’abstrait : derrière ces statistiques, des visages, des familles, des vies bouleversées.
Voici un aperçu visuel pour mieux saisir ce phénomène :
Retour rapide vingt ans en arrière : en 2000, seules quatre maladies non transmissibles figuraient en tête du classement. Aujourd’hui, la dynamique s’est inversée. Le sida et la tuberculose, qui occupaient alors une place de choix, sont désormais relégués loin derrière : 19e et 13e causes de décès. Cette évolution témoigne des progrès dans la lutte contre certaines infections, mais aussi du basculement vers une mortalité dominée par les maladies chroniques. Toutefois, il serait hasardeux de crier victoire : dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les maladies infectieuses pèsent toujours lourd.
« Ces nouvelles estimations nous rappellent une fois de plus que nous devons rapidement intensifier la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies non transmissibles… Ils montrent l’urgence d’une amélioration significative, équitable et globale des soins de santé primaires. C’est en effet sur la force de ces soins de santé primaires que tout le reste dépend, de la lutte contre les maladies non transmissibles à la gestion d’une pandémie mondiale. »
Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé
Les maladies cardiovasculaires : la menace la plus persistante
Depuis le début du siècle, la cardiopathie ischémique domine le tableau mondial : elle représente à elle seule 16 % de tous les décès enregistrés. Aucun continent n’est épargné, aucun pays ne peut se déclarer hors d’atteinte. La progression est nette : 6,8 millions de victimes en 2000, près de 9 millions en 2019. Dans la région du Pacifique occidental, la hausse est particulièrement marquée. L’Europe, elle, parvient à faire reculer ces maladies cardiaques : le nombre de morts y a baissé de 2,6 à 2,2 millions. Mais le constat est clair : l’AVC reste la deuxième cause de décès à travers la planète, responsable de 11 % des morts chaque année. Les progrès existent, mais la bataille est loin d’être terminée.
Diabète et démence : la nouvelle donne
Le diabète fait une entrée fracassante dans le top 10 mondial, avec une augmentation de 70 % des décès imputables à cette maladie depuis 2000. Le phénomène est encore plus frappant chez les hommes, où le nombre de décès a bondi de 80 %. La région de la Méditerranée orientale enregistre même un doublement des morts liées au diabète, signe d’une épidémie silencieuse qui avance à grand pas.
Derrière ces chiffres, la démence, dont la maladie d’Alzheimer, s’impose comme la septième cause de décès au monde, et la troisième en Europe. La disproportion est frappante : 65 % des victimes sont des femmes, rappelant que l’espérance de vie plus longue s’accompagne d’un risque accru de maladies neurodégénératives.
Vivre plus longtemps, mais avec plus de maladies chroniques
En 2019, l’espérance de vie mondiale dépasse 73 ans, contre 67 ans en 2000. Six années supplémentaires en moyenne, dont cinq vécues en bonne santé. Pourtant, ce gain d’années se paie parfois au prix fort : le nombre d’années perdues en raison du handicap lié aux maladies non transmissibles a bondi. Les maladies cardiaques, le diabète, l’AVC, le cancer du poumon et la BPCO ont, à eux seuls, entraîné près de 100 millions d’années de vie en bonne santé perdues supplémentaires en 2019 par rapport à 2000. Derrière l’allongement de la vie, une réalité : la santé durable n’est pas garantie pour tous.
Prévenir : l’arme la plus efficace contre les maladies non transmissibles
Face à ces bouleversements, la prévention s’impose comme le levier le plus puissant. Une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, s’avère protectrice non seulement contre la malnutrition, mais aussi contre de nombreuses maladies chroniques (cardiopathies, diabète de type 2, certains cancers). À l’inverse, une alimentation pauvre en apports nutritionnels favorise l’obésité et augmente le risque de maladies non transmissibles. Chaque portion quotidienne de 200 g de fruits et légumes réduit de 10 % le risque de mourir prématurément, toutes causes confondues. Commencer tôt, dès l’enfance, à intégrer davantage de végétaux dans l’alimentation, c’est miser sur une meilleure santé à long terme.
Maladies non transmissibles : de quoi parle-t-on ?
Les maladies non transmissibles, ou maladies chroniques, correspondent à des affections qui ne se transmettent pas d’un individu à un autre. Elles se distinguent des maladies infectieuses, parasitaires ou liées à la maternité, qui, elles, passent d’une personne à l’autre. Les maladies non transmissibles s’installent sur la durée et évoluent souvent lentement. Les plus fréquentes sont les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques et le diabète.
Quatre facteurs de risque majeurs expliquent l’essor de ces maladies : le tabac, la sédentarité, l’abus d’alcool et la mauvaise qualité de l’alimentation.
Pour aller plus loin
Pour ceux qui souhaitent approfondir, plusieurs ressources complètent ce panorama :
- Communiqué de presse : L’OMS lève le voile sur les principales causes de décès et d’invalidité dans le monde : 2000-2019
- OMS, Les 10 principales causes de décès dans le monde
- Qu’est-ce qu’une saine alimentation ?
- Fruits et légumes et prévention des maladies cardiovasculaires
- Prévention des fruits et légumes et du diabète de type 2
- Notre actualité Maladie d’Alzheimer : une alimentation saine, riche en fruits et légumes joue un rôle protecteur
- Équation Nutrition : avantages de manger des fruits et légumes sur la santé mentale
Le visage de la mortalité mondiale a changé, mais la trajectoire n’est pas figée. La suite dépendra de notre capacité à faire reculer ces maladies, une assiette et une habitude à la fois.


