Qui travaille dans la maternité ?

Entretien croisé avec Laetitia Ammon-Chansel, sage-femme et directrice de Bloom&co et Fabienne Saunier, avocate chez F-Information.

Pourquoi la période de grossesse est-elle spéciale pour les femmes qui travaillent ?

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Laetitia Ammon-Chansel  : La grossesse est une période de transformation physique progressive qui entraînera une diminution de la capacité de travail, même pour les femmes qui maintiennent leur activité à 100% jusqu’à la fin de leur grossesse. Ils se sentent plus fatigués, une position assise prolongée peut devenir inconfortable.

Il existe également une importante transformation identitaire liée à l’imprégnation hormonale. Ces changements hormonaux donnent lieu à un concept appelé « préoccupation maternelle primaire ». Au fur et à mesure que la grossesse progresse, les besoins des mères se tournent vers leurs bébés pour qu’ils atteignent leur maximum au moment de la naissance.

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Dans le cadre professionnel, les femmes enceintes peuvent se sentir coupables de ne pas pouvoir se concentrer sur leur travail comme auparavant. C’est pourquoi il est important que la direction soit attentive à ces développements afin que les femmes concernées ne soient pas trop stressées et puissent être à la fois efficaces et confiantes.

Fabienne Saunier  : Ce n’est pas pour rien que le législateur a prévu une loi et divers articles pour protéger les femmes enceintes et après l’accouchement. Selon la loi, une femme n’est pas autorisée à travailler pendant les 8 semaines qui suivent l’accouchement. Pendant la grossesse ou même pendant la première année de l’enfant, des ajustements doivent être apportés pour certaines tâches, certains horaires. Pendant sa grossesse, une femme peut quitter son emploi sans justifier un certificat médical. Bien sûr, dans la pratique, c’est plus compliqué et peu de femmes savent à quoi elles ont droit.

L.A-C. : Les femmes enceintes ne doivent pas être considérées comme malades, mais reconnaître qu’un certain nombre de changements sont en cours, ce qui crée une vulnérabilité particulière de la mère et de l’enfant à venir.

F.S.  : Enfin, il s’agit d’une question de santé publique : plus nous sommes préoccupés par cette période, moins les conséquences négatives sur les femmes et donc sur la société sont importantes.

Concrètement, dans votre pratique, quelles sont les difficultés les plus fréquentes que les femmes partagent avec vous ?

L.A-C. : La conciliation des rythmes entre grossesse et travail est l’une des difficultés les plus fréquentes. La reconnaissance des changements par l’entreprise en est une autre. La maternité reste un sujet privé qui entre dans l’entreprise. Ce n’est donc pas nécessairement par mauvaise intention de l’employeur que le sujet ne soit pas abordé. Mais dans tous les cas, lorsque la charge de travail n’est pas ajustée, elle génère souvent un stress important. Une étude récente a montré que pour 80 % des femmes, la charge de travail n’a pas été réévaluée pendant la grossesse. Ainsi, même si le taux de participation avait diminué, les femmes conservaient le même nombre de dossiers.

F.S.  : Les difficultés dont me parlent les femmes lors de la procédure judiciaire les consultations sont liées notamment au fait qu’une femme enceinte n’est pas protégée contre le licenciement pendant sa période d’essai : elle ne sait pas si elle doit l’annoncer ou non. Les femmes témoignent également de leur embarras lors d’un entretien d’embauche pour mentionner leur désir d’être enceintes ou le fait qu’elles sont enceintes. Actuellement, de plus en plus d’employeurs savent qu’il s’agit d’un problème qui ne peut être posé que si le travail en question présente un danger pour une femme enceinte.

L’autre difficulté fréquemment signalée est la charge de travail et, par conséquent, la crainte que la grossesse ne soit mal accueillie par des collègues qui devront supporter davantage de charges. Les collègues ne reconnaissent pas et ne comprennent pas qu’une femme enceinte ne travaille pas comme avant. Beaucoup de femmes enceintes se disent qu’il n’y a rien de spécial à cette période et qu’elles devraient être aussi productives.

Qu’en est-il d’une fois qu’un enfant est né ? Quelles sont les difficultés rencontrées par les parents ? organisation et retour au travail ?

L.A-C. : Les femmes doivent à la fois être proches de leur enfant et retourner au travail ! L’une des solutions est, bien sûr, la flexibilité de l’emploi ou la réduction du taux d’activité. Mais cela n’est pas toujours possible en fonction du niveau de responsabilité.

De nombreuses femmes souhaitent continuer à allaiter au-delà du congé de maternité légal. Certains prolongent leur congé de maternité en accumulant des vacances ou en prenant des congés sans solde. En Suisse, seulement 34 % des femmes reviennent au travail après quatre mois de congé de maternité, la plupart reviennent au travail après 6 mois. Ce type de demande ne coûte pas forcément cher à l’entreprise, mais nécessite un effort d’organisation au sein de l’équipe. Il n’est pas toujours idéal de reprendre après quatre mois, car c’est le moment où nous introduisons des aliments diversifiés. Ce qui est également compliqué pour de nombreuses femmes, c’est qu’elles reprennent leurs activités immédiatement, sans aucune transition. Maintenir le contact, même informel, avec les membres de l’équipe pendant le congé de maternité peut faciliter le retour et la connexion professionnelle.

F.S.  : En général, les femmes qui reprennent après un congé de maternité ne veulent pas reprendre au même rythme qu’avant. Ce n’est évidemment pas valable pour tout le monde : l’idéal serait que chacun puisse trouver ce qui lui convient. Malheureusement, nous constatons qu’un bon nombre d’employeurs autorisent une réduction du taux de travail : cette incapacité à entrer dans les affaires peut entraîner une obligation de démission. Les femmes se retrouvent à choisir entre s’occuper de leur enfant et travailler, ce qui a des conséquences sur leur avenir professionnel.

L’autre difficulté est la conciliation entre la garde des enfants et le travail. Pendant la période de congé de maternité, la question de la garde de l’enfant ne se pose pas. Comme c’est la mère qui vit cet arrêt, c’est aussi elle qui se souciera surtout de la façon de le faire une fois qu’elle ne pourra plus assumer la garde.

Sachant qu’il n’y a pas actuellement de congé de paternité à au niveau fédéral, les pères sont souvent moins impliqués dans ces soins : ils n’ont parfois pas le choix parce qu’ils sont les fournisseurs du salaire le plus élevé et ne peuvent donc pas se permettre de réduire leur temps de travail ou parce que l’entreprise ne tient pas compte de leur paternité. Ainsi, c’est un peu comme si rien ne se passait pour les hommes : ils ont un enfant mais ce n’est pas « vu » dans le contexte professionnel.

L.A-C. : Pourtant, aujourd’hui, de nombreux pères demandent cette réduction du travail et une plus grande implication avec leur enfant. Lorsqu’il est accordé, il permet aux femmes de rester à un rythme d’activité relativement élevé et un véritable relais est mis en place.

F.S. : S’il est vrai qu’il est nécessaire d’augmenter le nombre de places dans les crèches, et ce en particulier pour les personnes qui travaillent à temps partiel, nous constatons que la nouvelle génération de parents ne veut plus consacrer tout son temps à leurs activités professionnelles. Ils veulent aussi consacrer du temps à eux-mêmes et à leurs enfants. C’est donc une question de réflexion sur des systèmes alternatifs au « tout ou rien ».

Qu’en est-il de la répartition de la charge mentale ?

L.A-C. : Pendant la période périnatale, due à l’accouchement et à l’allaitement, la charge mentale repose davantage sur les femmes. Deuxièmement, cela dépend de la flexibilité de chaque personne. Aujourd’hui, ce sont encore les femmes qui s’occupent davantage des enfants. En outre, les employeurs sont souvent moins flexibles avec leurs employés masculins que féminins.

F.S.  : Tant que le père ne bénéficie pas d’un congé, il est plus difficile pour le père d’être en mesure de participer à l’événement. S’obliger à faire une pause pour accueillir l’enfant, et donc vivre cette période au maximum changerait beaucoup son implication. Un ancrage plus fort de la paternité dans la vie professionnelle des hommes permettrait certainement d’équilibrer la répartition du fardeau mental associé à l’enfant. Les congés de maladie pour s’occuper d’enfants, par exemple, sont en théorie conçus pour les deux parents. Dans pratique, il est actuellement principalement pris en charge par les mères.

L.A-C. : Pour les femmes qui n’allaitent pas, la situation est un peu différente et la prise en charge de l’enfant pourrait se faire de manière plus égalitaire. La mère doit encore donner cette place au père. C’est une dynamique familiale et de couple qui doit être mise en place. Et cette dynamique est largement influencée par les mesures mises en œuvre dans l’entreprise et au sein de la société.

Précisément, quelles mesures peut-on prendre pour que la grossesse et la maternité deviennent des étapes spécifiques que l’employeur accompagne ?

L.A-C. : Au fur et à mesure que les besoins évoluent en ces temps, les responsables RH et les chefs d’équipe peuvent jouer un rôle clé en introduisant plus de flexibilité et en maintenant une communication positive. L’employeur peut mener des entretiens réguliers avec les mères pour évaluer leurs besoins, mais aussi impliquer l’équipe. La flexibilité de la part de l’employeur est une véritable rétention facteur qui évite un « chiffre d’affaires ». Lorsque les employés sont épanouis au travail, ils sont plus impliqués, plus motivés. C’est donc un « gagnant-gagnant ».

Comment incions-nous les employés à oser revendiquer leurs droits ?

F.S. : Si les femmes ne revendiquent pas leurs droits, c’est parce qu’elles craignent que cette période ne soit mal vue. Ils font tout pour l’abattre, quand ce n’est ni possible ni souhaitable. Les employeurs ne devraient plus avoir peur de cette période, qu’ils ne la voient plus comme un fardeau ou une source de problème, mais plutôt comme un moment positif et spécial tout en étant temporaire. Si l’employeur donne aux femmes la possibilité de vivre pleinement et calmement cette période, elles n’auraient même plus besoin de revendiquer leurs droits. Cette observation est valable pour d’autres situations où la personne ne peut pas réussir autant (maladie, moments personnels difficiles, handicap, etc.) : une période ou un événement de ce type peut arriver à tout le monde.

Laetitia Ammon-Chansel, que propose exactement Bloom&Co, dont vous êtes le fondateur et le directeur ?

L.A-C. : Bloom&co organise des ateliers pour les gestionnaires et les responsables des ressources humaines afin de maintenir une bonne collaboration avec les employés pendant la période périnatale. Nous anticipons certaines périodes et proposons une communication adaptée aux nouveaux besoins. En effet, lorsque les employés sont dans la réclamation, nous sommes généralement déjà dans une situation où le canal de communication est mauvais. Pour éviter cela, les managers se voient proposer d’anticiper en planifiant les différentes étapes tout en maintenant un lien de confiance.

Bloom&co organise également des groupes pour les femmes enceintes et pour celles qui reprennent le travail après leur congé de maternité. Ces groupes offrent une matrice de soutien et un lieu d’échange d’expériences.

Quelle observation générale tirez-vous de la situation actuelle en matière d’égalité ?

F.S.  : Avant la naissance d’un enfant, on pourrait parler d’une certaine égalité entre un homme et une femme dans leur vie professionnelle, leur vie de couple, la répartition des tâches… L’arrivée d’un enfant bouleverse cet équilibre et les inégalités se creusent : la naissance pèse plus sur la femme que sur l’homme. Il peut être impossible d’atteindre l’égalité totale parce que vous ne ressentez pas les mêmes choses, même au niveau physique. Mais nous devrions alléger ce fardeau pour que les femmes ne soient pas dérogées. Les femmes connaissent de plus en plus de grossesses tardives parce qu’elles sont conscientes du risque que cela représente pour leur carrière professionnelle ou leur développement personnel. La question de ne pas avoir d’enfants est de plus en plus soulevée parmi les jeunes générations, même si ce n’est pas uniquement pour des raisons de conciliation des vies. Il est donc également de la responsabilité sociale des entreprises de soutenir la parentalité, de sorte que la maternité ou la carrière ne soient pas un choix exclusif.

Commentaires recueillis par Sara Kasme.

Pour plus d’informations sur les dispositions légales, consultez https://www.f-information.org/category/bon-a-savoir

entre un homme et une femme dans leur vie professionnelle, leur vie de couple, la répartition des tâches… L’arrivée d’un enfant bouleverse cet équilibre et les inégalités se creusent : la naissance pèse plus sur la femme que sur l’homme. Il peut être impossible d’atteindre l’égalité totale parce que vous ne ressentez pas les mêmes choses, même au niveau physique. Mais nous devrions alléger ce fardeau pour que les femmes ne soient pas dérogées. Les femmes connaissent de plus en plus de grossesses tardives parce qu’elles sont conscientes du risque que cela représente pour leur carrière professionnelle ou leur développement personnel. La question de ne pas avoir d’enfants est de plus en plus soulevée parmi les jeunes générations, même si ce n’est pas uniquement pour des raisons de conciliation des vies. Il est donc également de la responsabilité sociale des entreprises de soutenir la parentalité, de sorte que la maternité ou la carrière ne soient pas un choix exclusif.

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