Mohammad Reza Pahlavi, dernier shah d’Iran, est mort le 27 juillet 1980 au Caire, emporté par un cancer du système lymphatique diagnostiqué des années avant sa chute. Sa disparition, survenue dix-sept mois après son départ de Téhéran, clôt une errance entre plusieurs continents, marquée par le silence médical et l’abandon diplomatique progressif de ses anciens alliés.
Un lymphome tenu secret pendant la crise iranienne
La maladie du shah n’a pas commencé avec l’exil. Le diagnostic de lymphome remonte à plusieurs années avant la révolution islamique de 1979. Le fait central, souvent sous-estimé, est que cette pathologie a progressé dans une discrétion presque totale, y compris au sein de l’entourage proche du monarque.
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Ce secret médical alimente encore les lectures politiques de sa chute. Pendant que les troubles s’aggravaient en Iran, que les manifestations se multipliaient à Téhéran et dans les grandes villes, le cancer du shah progressait en silence. La question de savoir si les services de renseignement américains ou britanniques connaissaient l’étendue de sa maladie reste un sujet de débat parmi les historiens de la période.
Le choix du silence n’était pas anodin. Révéler un souverain affaibli physiquement aurait pu accélérer la déstabilisation du régime Pahlavi, déjà fragilisé par la contestation populaire et les pressions de l’ayatollah Khomeini depuis son exil.
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Exil du shah d’Iran : une errance entre le Maroc, les Bahamas et le Mexique
Après avoir quitté l’Iran le 16 janvier 1979, Mohammad Reza Pahlavi n’a pas trouvé de refuge stable. Son parcours d’exil constitue en lui-même un document sur l’isolement d’un chef d’État déchu que plus personne ne veut accueillir.
Il passe d’abord par le Maroc, puis les Bahamas, le Mexique, les États-Unis et le Panama, avant d’atteindre l’Égypte. Chaque étape reflète un calcul diplomatique : les pays hôtes pesaient le coût politique d’héberger un monarque dont la République islamique réclamait l’extradition.
L’admission du shah aux États-Unis pour des soins médicaux a directement contribué à la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979. Les autorités iraniennes exigeaient son retour en échange de la libération des diplomates. Washington a refusé, mais la présence du shah sur le sol américain est devenue un levier pour le nouveau régime de Khomeini.
L’arrivée au Caire et la dernière hospitalisation
Le 24 mars 1980, Mohammad Reza Pahlavi se réfugie en Égypte auprès du président Anouar el-Sadate, qu’il considérait comme son dernier allié. Déjà gravement affaibli, il est transporté en hélicoptère à l’hôpital de Maadi où il subit une ablation de la rate.
Une convalescence s’ensuit au palais de Koubbeh, au Caire, entouré de l’impératrice Farah Diba et de leurs quatre enfants. Son état continue de se détériorer jusqu’au décès, le 27 juillet 1980.
Funérailles du shah d’Iran : le geste diplomatique de Sadate
La mort du shah n’a provoqué ni deuil national en Iran ni émotion visible dans les capitales occidentales qui l’avaient soutenu pendant des décennies. En revanche, le président Sadate a organisé des obsèques majestueuses au Caire, accompagnées de vingt et un coups de canon.
Dans un message à la nation égyptienne, Sadate annonce « avec une profonde douleur » le décès « d’un ami et d’un frère ». Ce geste n’était pas seulement personnel. Il s’inscrivait dans la politique régionale de l’Égypte, alors isolée dans le monde arabe après les accords de Camp David avec Israël. Accueillir et honorer le shah permettait à Sadate de se poser en dirigeant fidèle à ses alliances, quand d’autres se détournaient.
Le corps du shah repose aujourd’hui dans la mosquée Al-Rifaï, au Caire, aux côtés d’autres membres de familles royales. Ce lieu de sépulture, loin de l’Iran, matérialise l’exil définitif de la dynastie Pahlavi.

Dernières volontés du shah d’Iran : ce que les sources permettent de reconstituer
Les dernières volontés personnelles de Mohammad Reza Pahlavi restent un sujet sur lequel les données disponibles ne permettent pas de dresser un tableau complet. Les sources historiques convergent sur quelques points, sans livrer un testament détaillé au sens juridique.
Ce que les récits de l’entourage et les archives permettent d’établir :
- Le shah souhaitait que son fils aîné, Reza Pahlavi, perpétue la revendication dynastique. Le prince héritier, alors âgé d’une vingtaine d’années, a effectivement pris le titre de prétendant au trône iranien après la mort de son père.
- Il espérait un retour de la monarchie en Iran, une perspective qui ne s’est jamais concrétisée. La République islamique a consolidé son pouvoir dans les années suivantes sous la direction de Khomeini.
- Il n’a jamais abdiqué formellement, ce qui distingue sa situation de celle d’autres monarques déchus du vingtième siècle. Jusqu’à sa mort, il se considérait comme le souverain légitime de l’Iran.
La question d’un éventuel souhait d’être enterré en Iran n’est pas tranchée par les sources accessibles. L’impératrice Farah Diba a évoqué publiquement, dans les décennies suivantes, l’espoir d’un rapatriement des restes du shah, mais aucun transfert n’a eu lieu à ce jour.
Maladie et chute du régime Pahlavi : deux chronologies imbriquées
Réduire la fin du shah à un simple décès médical passe à côté de ce qui rend cet épisode singulier. La maladie et l’effondrement politique se sont déroulés simultanément, chacun aggravant l’autre.
Un monarque en pleine santé aurait-il pu résister à la révolution islamique ? Les retours terrain des historiens divergent sur ce point. Ce qui est documenté, c’est que la faiblesse physique du shah a pesé sur ses capacités de décision dans les derniers mois du régime. Les témoignages de son entourage décrivent un homme épuisé, hésitant, loin de l’image du dirigeant autoritaire qu’il avait projetée pendant des décennies.
Mohammad Reza Pahlavi avait rêvé de faire de l’Iran la cinquième puissance mondiale. Il meurt apatride, dans un pays qui n’est pas le sien, enterré loin de Téhéran. La mosquée Al-Rifaï du Caire reste, plus de quarante ans après, le seul lieu tangible de la mémoire Pahlavi hors des frontières iraniennes.

